Je suis à toi – DamienPremier chapitre

Photo no 1

Le soleil m’éblouit au moment où je franchis la porte d’entrée de mon immeuble pour rejoindre le chauffeur qui m’attend. Je lui fais un signe de tête en me dirigeant vers la voiture à contrecœur. Je n’en ai pas besoin, j’aurais pu prendre le métro comme tout le monde, mais Maggie ne m’a pas laissé le choix.

Je l’ai fait pendant des années, avant que ma carrière décolle et que les shootings s’enchainent de manière régulière. Mais depuis que Maggie veille sur moi, j’enchaine les pubs, les défilés et les shootings et elle s’arrange à chaque fois pour que le transport avec chauffeur soit inclus dans les contrats.

Elle a tendance à être envahissante, mais elle s’occupe bien de ma carrière, alors je la laisse faire. Je n’ai pas vraiment de raison de râler de toute façon. Après tout, beaucoup de gens payeraient cher pour éviter de prendre les transports en commun et de se retrouver compressé à vingt dans cinq mètres carrés avec des odeurs pas forcément agréables.

 

Je salue le chauffeur en montant dans la berline noire arrêtée devant le porche. Il me répond d’un signe de tête et démarre. Il ne fait pas la conversation et reste concentré sur la route. Ça m’arrange, je ne suis pas vraiment du matin et je préfère me réfugier dans mon bouquin plutôt que me forcer à entretenir une conversation vaine sur la météo du moment.

Les rues sont chargées de passants qui déambulent dans tous les sens, sûrement pressés de rejoindre leurs bureaux et leurs obligations. Je n’ai pas à courir comme eux, je suis un privilégié et je le sais. Je me contente de me faire conduire et de suivre les indications que les photographes ou les scénographes me donnent.

On ne me demande même pas de réfléchir.

Je reçois un message de Maggie et retiens un soupir en le lisant.

Maggie

Fais des efforts au briefing aujourd’hui, tu dois faire bonne impression pour être le principal !

Comme si j’avais besoin qu’elle me rappelle que je suis en compétition avec mes deux meilleurs potes !

Je lui réponds sur un ton enjoué, comme si son rappel ne m’irritait pas et passe mon téléphone sur silencieux. Je sais qu’il est important que je sois désigné tête d’affiche de la campagne qui commence lundi. Mais je n’ai pas le même avis que Maggie sur la façon d’y arriver.

Elle voudrait que j’écrase mes amis, que je passe devant eux de n’importe quelle façon, mais ce n’est pas mon genre. J’y arriverai sans faire de coups bas. Je le sais. J’y arrive toujours à ma façon.

Après dix minutes de trajet, le chauffeur s’arrête devant un grand bâtiment vitré avec une enseigne « VonLo » aussi haute que moi. J’ai l’habitude de côtoyer de grandes marques, mais celle-ci est la plus importante qui m’ait engagé pour leurs photos, et si je me débrouille bien, je serai la tête d’affiche pour toute leur collection de l’année.

Je remercie le chauffeur et lui donne un billet avant de descendre de la voiture. Je reste immobile quelques secondes à admirer le bâtiment, sentant déjà les frémissements d’excitation me parcourir de la tête aux pieds. Je fais un pas avant de me stopper en entendant des cris venant de l’autre côté de la rue. Le sourire aux lèvres, je me retourne vers Adam et Evan qui me hèlent en faisant de grands signes.

– Damien !

– Ça va, les gars ? Vous êtes prêts ?

– On est surtout prêts à profiter de la dernière soirée où on peut picoler ! Tu viens avec nous ?

– Bien sûr !

Mes potes me serrent la main et on entre de front dans le bâtiment luxueux. La jeune femme de l’accueil nous reçoit avec un grand sourire et des regards aguicheurs. Aucun de nous ne se formalise, on est habitués. C’est comme ça tout le temps, encore plus quand on est tous les trois ensemble.

 

À peine une minute plus tard, une femme en tailleur gris vient nous chercher. Son air froid et ses lunettes sur son nez nous coupent dans notre discussion. Même Adam s’arrête net, comme s’il avait vu sa mère arriver pour le rabrouer.

– Venez avec moi, messieurs.

On se regarde tous d’un œil inquiet, avant de la suivre sans discuter ni prononcer un mot.

 

Une fois arrivés dans la grande salle de réunion, on s’installe autour de la table garnie de viennoiseries et autres douceurs auxquelles nous n’avons pas vraiment le droit de toucher.

C’est délicat !

Evan et Adam échangent un regard avant de reporter leur attention sur le lot de croissants exposé devant eux. Ils ont l’air tentés. Je le serais moi aussi si je n’avais pas vu le petit sourire qui orne la bouche de « Madame tailleur gris ».

Visiblement, elle cherche à nous tester.

Je les laisse saliver et reporte mon regard sur elle et sur les autres personnes qui s’installent. Uniquement des femmes. Ça devrait jouer en ma faveur, j’arrive assez facilement à charmer les femmes quand je le décide, mais quelque chose me dit que c’est aussi un test. En général, il y a toujours au moins un homme pour contrebalancer, et vu le regard scrutateur de « Madame tailleur gris », je suis pratiquement sûr de ne pas me tromper.

Adam lance un clin d’œil à la jeune femme blonde la plus proche de lui, tandis qu’Evan observe chacune en revue, comme s’il était à un banquet. J’adore mes amis, mais pour le coup ils ne sont pas vraiment subtils.

Je reste concentré sur « Madame tailleur gris », faisant abstraction des autres femmes dans la pièce. Même si je suis bien conscient qu’au moins une d’entre elles ne me lâche pas des yeux.

– Messieurs, commençons. Je suis Anne-Marie Pigeot, la directrice de campagne. Vous avez été choisis pour représenter notre collection de cette année, mais nous n’avons pas encore décidé celui qui en sera la star.

Mes deux amis me scrutent, ils doivent être dans le même état que moi, la gorge sèche et le cœur qui palpite un peu plus vite en réalisant qu’on va vraiment être en compétition, et pas juste aujourd’hui.

Je pensais qu’en sortant d’ici on allait être fixés, comme d’habitude.

– La décision finale sera prise en fonction des résultats de la première semaine de shooting. Mais, dans tous les cas, vous serez tous les trois nos égéries.

« Madame tailleur gris » nous lance un sourire pincé qui me glace le sang. Je suis sûre que l’idée vient d’elle. Si je n’avais pas besoin de ce job, je partirais sur le champ. Mais j’entends déjà Maggie me rappeler que c’est une opportunité qui ne se présente qu’une fois. Alors je la ferme et je fais mon plus beau sourire de premier de la classe.

 

On reste ainsi pendant plusieurs heures à écouter le programme des six semaines à venir, à écouter les explications quant aux valeurs de la marque et la collection qu’on va devoir représenter. « Madame tailleur gris » est la seule à parler. Les autres l’écoutent et nous observent par intermittence. J’ai l’impression d’être en représentation où chacun de mes faits et gestes est épié et interprété. Alors je l’écoute attentivement, droit dans mon fauteuil, les yeux rivés sur son écran. Evan et Adam sont vautrés sur leurs sièges à moitié somnolents, ils ne semblent pas se soucier de ce qui sera décidé.

 

Quand la fin de cette journée de l’enfer sonne enfin, « Madame tailleur gris » nous lance un dernier mot.

– Je vous laisse dans les mains du photographe lundi. Je passerai peut-être vous voir dans la semaine.

 Peut-être ? Comme si cette nana laissait les choses se faire sans les planifier !

Son assistante nous raccompagne jusqu’au rez-de-chaussée. Ses yeux sont rivés sur moi et ses joues rosissent quand je lui rends son sourire timide. Elle est assez jolie et à mon goût, mais vu sa patronne, je crois qu’il vaut mieux que je ne prenne pas de risques.

Je me contente de la saluer en lui lançant un clin d’œil, puis je sors dans la rue. J’inspire à pleins poumons l’air frais, j’ai l’impression d’être resté cloîtré pendant des jours dans cette salle sans air.

Je rouvre les yeux quand Evan me rejoint et me tape sur l’épaule.

– Je sais pas comment t’as fait pour écouter tout son baratin. Elle m’a endormi. J’ai cru que ça allait jamais finir !

– Moi aussi, ajoute Adam en tirant sur sa clope. Ça fait 3 h que j’en peux plus.

J’éclate de rire en les voyant si dépités par cette journée atroce.

– Son assistante avait l’air de te trouver à son goût, me lance Evan avec un mouvement de sourcil.

– Ouais, mais vu sa boss, je vais pas tenter le diable !

– Tu m’étonnes. Allez, on bouge, on va bien trouver des filles pour nous aider à profiter de cette dernière journée libre.

Installés dans un bar de mon quartier pour la soirée, Adam et Evan enchainent les bières tandis que je sirote mon whisky. On boit, on rigole, on décompresse, on profite des dernières heures où on peut un peu se lâcher. Dès demain, on devra se restreindre à une routine plus stricte en matière de boisson et d’alimentation, pour être au top pour les photos. Même si on déconne beaucoup, même si on aime profiter, on reste sérieux pendant les campagnes photo. Au maximum en tout cas. On continue quand même à vivre, mais de façon plus raisonnée, on évite les gueules de bois et les soirées pizza.

Cette campagne est la plus longue que j’ai eue.

Six semaines sans soirées arrosées, ça va être dur !

– À la vôtre, les gars, six semaines ça va être long ! lance Adam comme s’il avait lu dans mes pensées.

– Ouais ! Mais on n’est pas obligés de tout arrêter pendant six semaines, riposte Evan, les yeux perdus derrière Adam.

On suit son regard qui scrute un groupe de quatre jeunes femmes qui rient au fond du bar. Elles n’ont pas l’air de s’intéresser à nous, mais Evan semble avoir jeté son dévolu sur l’une d’elles. Enfin, au moins une.

Je souris en buvant une nouvelle gorgée de mon whisky et en repensant à la jolie assistante de cet après-midi.

J’aurais peut-être dû lui proposer un truc ?

– Il y a une nana qui n’arrête pas de te mater là-bas, Damien.

– Je sais.

Je n’ai pas besoin de mes potes pour me dire quand une femme me scrute, je suis habitué à attirer les regards et je sens le sien sur moi depuis plus d’une demi-heure déjà. Mais de ma place, je ne la vois pas. Je n’ai même pas un miroir qui me permettrait de voir à quoi elle ressemble.

– Elle est plutôt canon, brune avec des cheveux longs, ton genre quoi.

– Pourquoi t’y vas pas ? demande Adam.

– Pourquoi tu veux qu’il y aille ? Elle va venir toute seule comme à chaque fois.

Un sourire étire mes lèvres en entendant la réplique d’Evan. Il a raison. Je n’ai jamais à faire le premier pas, les femmes viennent toujours me voir à un moment ou à un autre. En général quand je sors fumer ou quand mes potes sont occupés avec des nanas de leur côté. Alors je les laisse venir.

Contrairement à moi, Evan et Adam préfèrent choisir et prendre les devants. Moi je regarde de loin et j’attends. Même s’il est rare que j’aie longtemps à attendre une fois seul.

 

Je laisse Evan et Adam discuter des femmes présentes autour de nous. Ils regardent dans tous les sens, lancent des œillades et des clins d’œil à toutes les femmes qui entrent dans le bar. Quand ils en arrivent à ce point, c’est que la soirée à trois va bientôt se terminer. Chacun d’eux va partir voir la nana qui lui a tapé dans l’œil, et je vais me retrouver seul à la table.

Alors je prends les devants et me lève.

– Tu me files une clope ?

– Tu t’en vas ?

– Ça dépendra, lancé-je avec un clin d’œil.

Mes amis éclatent de rire en lançant un coup d’œil derrière moi.

 

Appuyé sur un poteau, je tire sur ma cigarette lentement. Je fume rarement, je ne suis pas dépendant, je peux m’en passer, mais j’apprécie d’en prendre une avant de commencer une nouvelle campagne.

J’ai à peine fumé la moitié qu’une jolie brune sort du bar avec un verre à la main. Nos regards se croisent et je me retiens de sourire en la voyant se diriger vers moi.

Je suis à toi Damien

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